vendredi 19 juillet 2013

Le reste

- "… et ça ?
- … non...
- … Donc quand tu as dit ça, c'était pas vrai non plus ?...
- … si. Ça, oui...
- …
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu sais, si je te dis ça, c'est parce que je veux être honnête avec toi.
- …
- Et...
- Quoi ?...
- … il y a ça. Ça non plus ce n'était pas vrai.
- …
- Et si je ne voulais pas c'est parce que ce n'était pas vrai. Tu lui en a voulu pour rien. 
- ...
- ... Tu dis rien ?
- ... On avait pas une chance en fait.
- Si je te dis tout ça c'est justement parce que j'en ai marre de mentir...
- ...
- ... et je veux être bien. 
- … Tu nous a torpillé...
- Mais pour le reste, c'est quand-même vrai..."
Le reste...

mercredi 17 juillet 2013

Les cowboys solitaires

J'ai les yeux plissés par le soleil et le sable porté par le vent.
Je devrais rentrer mais j'attends.

On m'a dit d'attendre. Alors je reste assis sur le perron de cette vieille baraque en bois qui n'est même pas à moi. Je ne sais pas à qui elle est. Quelqu'un qui l'a acheté pour être tranquille je suppose, parce que depuis que je suis sorti devant la porte pour m'asseoir, et ça fait quelque temps, je n'ai jamais vu passer personne. Il n'y a tout autour de la maison que du sable. Ou du sel, je ne sais pas très bien. Quelque chose d'impitoyable pour quiconque chuterait à cause de la déshydratation. Quoique ce soit, ça m'est un peu égal puisque je suis juste sorti sur le porche pour attendre le retour de quelqu'un.

On a tous un fantôme qui nous a un jour dit d'attendre. Attends moi, je reviendrais. On en a tous un quelque part. Le tout est de savoir si on l'attend ou si on laisse tomber pour continuer, avec à jamais cette petite impression de ne pas avoir attendu.
À tord ou à raison.
On a tous un fantôme qu'on attends ou qu'on n'attend plus.

Ne pas attendre ? Pour que ce fantôme ne me lâche plus ? Pour qu'à jamais chaque pas que je ferais dans l'existence le soit grâce à cette "non-attente" ? Je tiens trop à ma liberté pour l'entériner dans une permission de ne pas attendre. Plutôt en finir.
C'est pour ça que j'attends. Pour rester libre.
Enfin, je me comprends.

Je regarde au loin parfois parce qu'il me semble avoir vu quelque chose, mais c'est toujours un mirage. Toujours. Je me fais toujours des idées dès que je crois qu'il approche quelque chose.
On a tous en nous un fantôme qu'on attend. Les yeux plissés par le soleil, sur le perron de notre baraque en bois mal foutue.
Il y a des gens qui n'attendent pas encore quelqu'un. Ceux-là n'ont pas de maison mal foutue. Ceux-là ne sont même pas là, dans ce désert. Je ne sais pas si on fini par être locataire d'une baraque mal foutue à force d'attendre..., ou bien si c'est parce qu'on habitait ici qu'on a fini par attendre qui que ce soit qui est parti, en espérant qu'il reviendra.
Je ne me souviens pas.

Je me souviens avoir toujours attendu. Et puis un jour, c'est un fantôme qui m'a dit de l'attendre parce qu'il reviendrait. Alors je me suis assis sur le perron, sur un vieux fauteuil en osier, les yeux plissés par le soleil. Et j'ai attendu.
Parfois je rencontre des voisines. À ma droite. Ou à ma gauche. À quelques dizaines de mètre. Pas trop près, pour ne pas gêner nos baraques mal foutue. On se parle. On échange un peu d'idées. Elle est assise sur un perron aussi. Elle attends un fantôme aussi. On en parle pas pour se laisser le loisir de nos conversations. Et puis à force d'attendre sur sa chaise, on parle de plus en plus fort pour se faire entendre. Au lieu de se rapprocher.
On comprend souvent mal ce que l'autre dit à une telle distance. Alors on fini par laisser la discussion s'étioler doucement et on détourne les yeux vers l'horizon parce qu'on croit voir quelque chose. Quelqu'un qui se rapproche. Un fantôme qui revient.
Mais c'est toujours en imagination.
Je ne sais même pas si j'ai bien entendu. Je ne sais même pas qui est sensé revenir. Je ne sais pas ce que je fais là à attendre.
Mais si je pars aujourd'hui, et que je rate l'occasion d'être heureux lorsque mon fantôme reviendra...
Et si je décide d'arrêter d'attendre, et que, à jamais tout ce que je ferais c'est d'avoir arrêté d'attendre...
Il va bien finir par passer quelqu'un sans baraque. À portée de voix. Quelqu'un avec qui on pourra se comprendre parce qu'on est assez proche.
Et là je n'aurais même pas l'impression d'avoir cessé d'attendre. Je ne penserais plus à ces fantômes qui n'existent pas.
Il faut juste attendre que passe quelqu'un.
Ça aussi.

mercredi 26 juin 2013

L'interphone

Je viens de raccrocher l'interphone, en passant devant. Il pendait comme un mort. Le symbole était trop percutant et ça m'a gêné. Alors j'ai raccroché le combiné. Ce n'était pas une nécessité absolu parce qu'à par Dorothy, il n'y a pas grand monde qui est susceptible de venir sonner cher moi pour que je lui ouvre. Et Dorothy ne viendra pas.
Il pendait depuis dimanche. On est mardi, il est presque minuit. Je l'ai vu et j'ai presque pu sentir l'odeur de la mort, de ce couple que l'on était, dans toute sa force, comme si cette interphone attestait de la réalité des faits. Ce truc qui pend et qui ne devrait pas pendre, inerte.
Ce n'est pas sa place.
Ça ne devrait pas.
Il a dû se passer quelque chose d'erratique auquel ce combiné qui pend fait écho.
Jamais un combiné qui pend n'a symboliser autant la fin de tout.
Le tableau est percutant de clarté. Peu importe que les choses pendent. Peu importe qu'elles ne servent pas pendant ce temps. Mais là, le message est trop clair et ça me gêne.

Alors j'ai raccroché. Avec un peu de mépris. Parce que ce n'est pas pour rendre l'interphone à nouveau opérationnel que j'ai raccroché. J'ai raccrocher parce que finalement, en posant mes yeux dessus, j'ai réalisé qu'il hurlait à la mort, à chaque fois que je passais devant, il hurlait comme le ferait un chien de garde pour m'avertir d'une chose surprenante, des fois que ça m'aurait échapper. Regarde bien ! … regarde comme c'est surprenant...
Que cette rupture.
Voilà quelque chose qui n'est pas dans l'ordre des chose.
Anormal.

jeudi 20 juin 2013

Le serpent

Je lis un fait divers dans le métro.
L'homme donne des représentations pour apprendre aux enfants à ne plus avoir peur des reptiles.
Pendant l'une de ces représentations il se fait mordre à plusieurs reprises par une vipère.
Je lis qu'il a pris soin avant de faire son malaise de remettre la vipère dans son vivarium.
Pour qu'elle ne blesse personne d'autre.
Puis il est mort.
Je me retiens pour ne pas pleurer.
Je ne suis pas encore aussi solide qu'avant.

lundi 26 novembre 2012

La chute le l'Empire

Quelqu'un pour me sauver. S'il vous plait.
J'etais un roque avant. Un cap. Que dis-je... Un cap. J'étais une pine insulaire alors qu'aujourd'hui loin des rêves de marin solitaire, j'ai regagné le continent, où m'amie m'attends en tablier pour manger à vingt-deux heure quarante cinq. 
Me voilà courbant l’échine devant la demoiselle qui perturbe mes mirettes. De la merde dans les yeux? Non. Du cake au fruits.
Jamais je ne me serais laisser arracher au petit bois de ma petite cabane rustique pour les frasques de la vie de ces couples qui se traînent  avec leurs maux, jusque dans les soirées entre amis desquelles on repart à une heure raisonnable. Et aujourd'hui je suis embarquer dans les "mais non chouchou que je n'ai pas dit ça pour dire ça" avec de la barbe a papa dans la voix. Tu sais bien que c'est toi la meilleure, dit-il presque par nécessité.
Comment me suis-je laissé prendre? Par une jeune femme dont les courbes ont fait pliés mes idées reçue jusqu'à me rendre mielleux parfois? Comment.

Je ne sais même pas si c'est du parjure. Si on dira un jour de moi que je me suis dévoyé a cause de la volonté de bien faire. Un nouveaux Franck plus accueillant oubliant toute son amertume sur son passage. Ou si je suis sur la route de mon salut.
Je pourrais leur répondre à ces détracteurs que j'ai peut-être aussi réalisé que l'important ce n'était pas tout ça, Que finalement c'est bien aussi d'être simple et bien, et que regarde plutôt le plus important. Je devrais leur dire vite à ceux qui me critiques, que je préfère à tout cela me pencher sur la raison première qui ferait de mon existence un véritable enfer: moi. Et que régler le problème de mon accomplissement me permet d'être doux à côté sans avoir l'impression de perdre ma grande guerre. 
Je voudrais me justifier en leur disant tout cela. Que je suis un agneau mais que je n'ai pas cédé! Et ils prendraient une leçon. 
Mais, alors que je m'apprête à ouvrir la bouche pour me défendre, je vois. L'enfer.
Contrairement à ce que disait Sartre, l'Enfer ce n'est pas les autres. L'enfer c'est Personne.
Personne pour me regarder avec pitié. Personne pour me cracher mon petit bonheur mielleux à la gueule. Personne pour m'invectiver. Pour me dire Franck, ressaisit-toi!
Personne pour trouver à redire au sujet de ça. Ces récents petits chamallow qui sautillent par dessus chaque mot quand je lui parle à elle.
Au contraire. Ils trouvent ça bien.

Ils sont heureux pour moi. Ils sont contents. Rassurés peut-être, même, que je fasse enfin parti de cette grande famille. Que je sois devenu tellement plus compréhensible.
Alors je garde mes arguments tout prêts pour moi, au fond de la gorge. Morts-nés, Fauchés par l'approbation de tous ou presque, en pleine force de l'age, toutes c'est raisons que j'avais préparées pour justifier de mon changement récent d'attitude. Mais à cause d'eux et de leur intolérable consentement, plus personne pour me demander des explications.
Et plus aucune raison d'expliquer pourquoi j'ai changer. 
Plus aucune raison d'expliquer en réalité qui je suis.
Et aucune raison d'expliquer pourquoi je ne le suis plus.

mardi 30 octobre 2012

Comme du ciment pour ne plus creuser

Il ne faut pas remuer le passer mon ami Franck. Il faut laisser les choses où elles sont.
Laisse décanter les choses comme la vase qu'on laisserait retomber au fond d'un bon verre de vin. Un vin doux-amère délicieux ou flotte tout un tas de morceaux de coquilles vides parce qu'il y a cette histoire d'omelettes sans casser des oeufs tout ça.

Avant j'aurais bien tout remuer pour laisser les choses prendre leur place comme ça arriverait sûrement. Mais le temps passe et ça ce sont des femmes qui me l'ont appris. Et le temps passe vite. Parfois même il est devant nos yeux.
Ça ce sont quelques femmes qui m'ont averti.
Parfois il y a une question d'enfant aussi. Et les enfants n'attendront pas. Ça aussi ce sont des femmes qui me l'ont dit.

Avant j'aurais bien remuer les bras fort, pour que de ce chaos se dégage quelque chose qui finirait bien par être compréhensible. Comme le petit artiste en culotte courte que je suis. Prétextant que le nature tant au déséquilibre permanent tu comprends et que de tout ce foutoir va bien se dégager quelque chose de clair et de bon.
Mais le temps passe. Ce sont les femmes qui me l'ont dit. Et je n'ai pas autant de temps que la nature, moi. Et il serait peut-être temps de me presser.
Pas pour un enfant. Pas pour un travail.
Ou je ne sais pas. Pour tout ça peut-être en vrai.

Alors des fois je me dis qu'il y a des questions qui resteront sans réponses parce que je comprends que le temps passe.
Je pense a ces femmes qui m'ont appris çela.
J'aimerais bien leur demander de m'expliquer comment. Pour savoir. Parce qu'elles avaient l'air de savoir plus que moi.
Mais a force d'écoute je me suis pris à essayer aujourd'hui de figer quelque chose à mon tour. Arrêter de courir. Je ne sais pas comment faire, parce que je n'ai plus ces précieux conseils et que moi je n'ai jamais vraiment su que le temps passait si vite.

Enfant.
Maison.
Travail.
Le bien-être d'une vie accomplie.

J'étais trop jeune quand je m'en suis aller. Et aujourd'hui j'essaie sans trop de point de repère de figer ma vie. De l'arrêter part endroit. Comme certaines femmes me l'ont appris.
Mais je ne suis pas sur de savoir.
Sauf que le temps passe. Ça je le sais. Parce que j'écoutais quand on me l'a dit.

Enfant.
Maison.
Travail.
Une vie accomplie.

Ne remue pas le passer a la recherche d'une leçon que tu aurais oublié mon ami Franck. Avance.
Le doute.
Mais avance. 
Ne remue pas le passer pour en attendre un conseil. 

mercredi 24 octobre 2012

Quand j'étais petit je croisais mes mains devant mon sexe comme pour le protéger




I

Elle regarde les gens par à-coups. En levant la tête et en la rebaissant vite pour ne pas qu’ils la regardent dans les yeux.
Pour ne pas qu’ils voient ses yeux en fait.

Elle parle de façon énergique pour détourner notre attention de ses yeux qui ne nous regardent pas. Une voix claire et agréable. On penserait parler à une femme dont le métier est de restructurer poliment des grandes sociétés en foutant des centaines de personnes à la porte. Une voix travaillée pendant ses études à Polytechnique.
C’est juste une femme qui a un œil paralysé. Il regarde droit devant lui. Froid et intrigant.
Elle a du se regarder dans la glace un nombre incalculable de fois, sous toutes les coutures pour apprendre à faire diversion. Un jour elle est sortie de la salle de bain plus découragée que d’habitude. Elle a dit pour elle-même avec une sorte de mépris espèce d’œil de caméléon.
Elle n’a plus jamais essayé de s’accommoder de son œil mort. Alors elle ne regarde plus les gens dans les yeux. Elle préfère baisser la tête le plus souvent.
Si on la regarde dans les yeux, parce que ça ne nous dérange pas, on voit sur son visage une nervosité à peine dissimulée. Alors on baisse les yeux avec l’impression d’avoir été impoli. Et elle restera avec la désagréable impression que son œil mort de caméléon l’isole chaque jours un peu plus du reste du monde.


II


Il y a une espèce d’affront dans ses yeux quand elle regarde son interlocuteur.
Pas un affront aguicheur du genre t’as vu comment il y a un truc entre nous, mais plutôt un truc du genre je fais volte-face parce que je connais ton espèce. Sur le coup je ne comprends pas tout à fait et puis au bout de quelques mots échangés je baisse les yeux sur un décolleté assez beau, tout juste mis en forme par un joli débardeur.
En relevant les yeux je comprends à l’expression qu’elle arbore de quoi il était question depuis le début. Un nouveau regard qui veut dire vous autres, les hommes, vous ne pouvez pas vous empêcher de mater ces deux protubérances comme des macaques. Pauvres petits porcs…
Une pointe de condescendance à mon intention.
C’était donc ça. Je suis comme tous ces mecs obnubilé par quelques centimètres carré de peau dévoilée.

Elle trouve cela méprisant. Elle n’arrive d’ailleurs pas à dissimuler son ressentiment. Elle n’a jamais réussi. Elle n’a en fait jamais voulu. Pour que ça ne devienne jamais une habitude de notre part. De mater leurs seins en toute impunité.
A chaque fois qu’elle est en face d’un homme à qui elle doit adresser la parole, elle n’est jamais vraiment à l’aise. Elle attend toujours le moment fatidique où l’homme va mater ses seins, comme un enfant un peu bête qui ne sera jamais tout à fait civilisé.
Elle n’est jamais à l’aise avec les hommes parce que tous les hommes sont comme cela. Et dans le cas où elle n’a pas percé à jour un de ces hommes, c’est parce qu’il est moins franc que les autres.
Elle se méfie de ceux-là encore plus.
Ceux qui la respectent.

Du coup, il y a quelque chose de curieux qui se dégage d’elle. Elle est en permanence sous contrôle. Et se dégage d’elle une sorte de certitude définitive qui a fini par la rendre un brun antipathique au fil du temps. Sous contrôle d’elle-même, persuadée d’être dans le vrai. Attendant systématiquement l’incartade. Attendant une faute qu’elle imputera non plus à un individu, mais bien à un sexe. Parce que les hommes sont des porcs. Et elle, elle le sait. Et cette certitude plaie à certains hommes. Cet affront les attire comme des mouches, renforçant le peu d’estime qu’elle a peut-être eu autrefois pour les hommes.
 Des singes savants dit-elle parfois. D’adorables petits singes qui sont tout juste bons à baver quand tu acceptes qu’il te paient un verre.
Tout juste bons à rentrer chez eux après t’avoir donné leur petit coup de leur petite queue.