mercredi 27 juin 2012

En vrai c'est plus clair


Elle c’est qui ? bah euh, ma meuf.
(ça fait un peu bizarre de le dire mais bon. En y réfléchissant bien c'est ma meuf)

Parfois elle me dit qu’elle m’aime bien. Alors je lui réponds que moi aussi je l’aime bien évidemment. Normal. C’est ma meuf.
J’ai le droit.
Quand on est tranquilles tous les deux c’est bien. Plein de fois on s’engueule. Et là forcement c’est moins drôle. Mais bon. Les histoires de couple toussa. Mais ça m’ennuie pas. Parce que ça se construit une relation. Comme un putain de jeux de Lego de cinq milles pièces. Tu regardes la notice et parfois tu comprends pas tout, mais ça a l’air tellement kiffant que rien que quand t’as regardé la boite tu savais que tu vas galèrer mais tu l'achète quand-même.
Parfois tu galères. Mais bon.

Parfois, dans un momnet tendre, elle me dit qu’elle m’aime bien. Alors moi, pour lui prouver ma sincèrité je lui ai acheté du gros sel. Pour les pâtes. Comme ça elle en aura chez elle.
Je sais pas si le message est passé.
Alors je lui ai dit que oui, y a aucun soucis pour qu’elle laisse une brosse à dent chez moi. Mais je l’ai dit avec le ton du mec qui est carrément d’accord tu sais. Le genre vraiment mais carrément laisses une brosse à dents meuf, y a trop pas de soucis.
Je sais pas si ça a été assez clair.
Alors elle m’a redis qu’elle m’aimait bien.
Alors j’ai dit je sais. Parce que je crois que oui, je commençais vraiment à croire que je savais. Tu te rends pas comptes de ce que ça veut dire.
Elle non plus apparemment.

Un jour elle m’a dit même qu’elle m’aimait vraiment bien. Alors j’ai dit je sais parce qu’on se détache pas de nos vieilles habitudes un peu nases. Et puis j’ai rajouté que moi aussi je l’aime bien. Et puis je me suis souvenu qu’elle savait peut-être pas, alors j’ai rajouté vraiment bien. Pour qu’elle comprenne.
Et puis elle l’a redit. Comme si j'avais loupé quelque chose.
Et je lui ai dit que j’avais l’impression que quand je le disais ça sonnait un peu nul. Elle a dit oui. Elle a dit qu’elle avait la même impression quand je le disais.
Je lui ai dit que c’est parce que je ne sais pas dire ces trucs là mais l’argument n’a pas eu l’air de porter beaucoup. Je lui ai dit que ça ne voulait rien dire que je sois pas à l'aise, parce que je le pensais quand-même (après tout, je lui ai acheté du gros sel pour dans ça cuisine. Et ça on dirait qu'elle l'oublie vite...).

Une fois, on m’a acheté de l’huile d’olive. Et j’ai trouvé classe. Alors du gros sel… (et de la tomate concentrée – l’argument est passé comme si de rien n’était d’ailleurs, si je peux me permettre de le faire remarquer).
Du coup, juste après son je t’aime vraiment bien je lui ai dit que je ne savais pas faire ce genre de déclaration, mais que c’était pas grave pour moi, parce que ça ne m’empêcherait pas de vouloir me faire chier pour sa gueule.
>C’est passé moyen.

 Je l’ai senti au silence vide qui a suivi ma déclaration. Alors je lui ai expliqué.

C’est gentil de vouloir se faire chier pour la gueule de quelqu’un. Et moi, je sais peut-être pas dire les choses, mais tu vois, au moins j’accepterais carrément de me faire chier pour ta gueule. Tu comprends ?

Je sais pas si elle a compris.
En tout cas elle a eu l’air de faire des effort pour accepter le fait que c’était gentil ce que je lui disais.
C’est ça que j’aime bien avec elle.

Et justement, c’est pour ça que si y avait besoin, je me ferait chier pour sa gueule tu comprends ?

dimanche 8 avril 2012

Les garçons l'appelaient naïade, et je devrais grandir aussi.


Entre eux, secrètement, les mecs l’appellent bouche à pipe. Parce que faut l’avouer, c’est le genre de fille qui te donne envie de t’asseoir en face d’elle avec un bon coussin sous le cul et le lui mordiller les lèvres délicatement, à l’infinie, tellement elle a la bouche pulpeuse. 
La bouche qui crie braguette. Oui. C'est un peu ça.
Moi j’aurais pas vraiment pensé à ça à l’époque où on lui a donné ce surnom, au collège, parce que j’ai toujours mis plus de temps que les autres à m’éveiller à toutes ces choses. mais j'avoue, aujourd’hui, depuis un certain temps, je la regarde plutôt entièrement à chaque fois qu’elle m’adresse la parole.  Et pas que sa bouche. S’ils avaient attendu juste un peu plus de temps après le collège, ils l'auraient finalement affublé d’un autre surnom du genre « corps de rêve qui donne envie de s’attarder sur tous les plaisirs de la chair, avec une bouche à pipe aussi, mais qui va délicieusement avec le reste de sa personne » ou un truc comme ça, parce qu’il faut avouer aussi qu’elle avait un corps sublime de danseuse de morderne-jazz. En un an, entre le collège et maintenant, c’est bien ce qu’elle est devenu. Une superbe… superbe jeune femme.
Quel dommage que sa plastique ne lui ait empêché de montrer à qui voudrait l’entendre l’étendue de sa perspicacité (par là où les garçons la regardaient, il n’entendent évidemment pas grand-chose).
Et c’est bien de ça dont il est question aujourd’hui. Elle me parle de ce looser (puisque tout hétérosexuel mâle normalement constitué nommerait looser celui qui laisse tomber ce genre de jeune femme alors qu’elle est éprise de lui) – qui, effectivement est un nase – qu’elle n’arrive pas à oublier et me demande mon avis.
Elle me demande à moi, sans pudeur, malgré le fait que nous ne soyons pas à proprement parlé des amis déclarés, pour deux raisons. La première est que nous nous sommes toujours inspiré un respect mutuel depuis que nous avons été dans la même classe, au collège. Que nous nous aimons bien, et que, si je pense que nous ne correspondons pas exactement aux critères de l’autre pour quelque raison que ce soit, je pense pouvoir dire néanmoins qu’il y avait en nous une espèce d’alchimie que je n’explique pas. Mon alchimie à moi, je le crains, n’étant pas aussi subtile que la sienne.
La deuxième raison est probablement que ma sœur et elle font de la danse ensembles. Activité qui est à l’origine, je l’apprendrais dans cinq minutes, de beaucoup de discussions fortement développées sur des sujets aussi singuliers d’imprévisibles. Et nous savons tous que les discussions, au cours de ces séances de hammams intellectuels, se transforment souvent en confidences. Et ça créé des liens forcément. Liens dont je fais les frais en ce moment même sans le savoir. Je remercierais ma sœur longtemps en rentrant après cette journée.
La troisième raison est que nous sommes le trente juin, que nous sommes au dernier jour de notre année de Seconde, et que le soleil éclatant se reflète sur une eau magnifique d’un lac magnifique, autour duquel tout le lycée se réuni traditionnellement le dernier jour d’école, et que nous somme saouls depuis quinze heure et ravis d’être tombés l’un sur l’autre par hasard.
Je ne sais pas très bien les mots que j’emploie pour lui parler d’elle, de sa relation avec lui, de lui – que je connais un peu – , mais il semble que l’impact sur elle soit inattendue (et pourtant, je suis du genre à attendre beaucoup de l’impact que j’ai sur les gens).Elle « réalise enfin… ». « Ce mec  est un con. » Très probablement, oui. Il semble que je sois pendant quelques minutes un génie. Cool. Mais il y a mieux : elle veut que pendant notre ballade autour du lac, nous passions dire bonjour à une de ses amies qui se trouve grosso modo dans la même position qu’elle il y a encore deux minutes. Elle veut que je lui parle aussi. Elle veut que je la réveille comme je viens de la réveiller, elle. Parce qu’elle trouve que j’ai vraiment raison, que mais oui ! mais c’est ça… et que c’est dingue comme je viens de lui faire prendre conscience de quelque chose.
J’en suis d’autant plus ravi que mon Ego est doublement flatté. D’une part par l’éloge dithyrambique  qu’elle fait de mon analyse et d’autre part parce que sa copine que nous allons voir prestement est d’une beauté tout aussi remarquable et désirable d’une tout autre façon mais non moins intensément que ma collègue de cet instant. Et qu’il y a peu de choses équivalentes à l’éloge qu’une femme sublime fait de vous à une autre femme sublime.
La gratitude et l’alcool, sur le chemin, la mettent à l’aise à mon endroit… et voilà qu’elle commence à me parler plus ouvertement. D’elle, et de moi. Rien de très entreprenant, puisque je l’ai dit tout à l’heure, il n’y a mystérieusement aucune ambigüité entre elle et moi. Ce qui ne m’empêche pas de prendre l’agrément comme il vient. Elle trouve incroyable qu’il y ait encore des garçons comme moi, des garçons qui ne pensent pas avec leur bite, elle trouve bien qu’il y ait encore des garçons qui peuvent regarder une fille sans faire de probabilité sur leur chance de se la taper. Elle trouve rassurant qu’il y ait encore des garçons qui ne cherchent pas systématiquement à séduire ou qui ne voient pas chez une jeune femme que le corps qui l’enrobe. Qu’il y ait des garçons qui soient encore capable, comme moi, d’envisager une fille comme une personne, au travers ce qu’elle pense et ce qu’elle a à dire.
(Je te laisse une minute pour sourire, salaud)
Mais il est vrai qu’à l’époque j’étais comme ça. J’étais de ceux qui ont été baignés par beaucoup de principes, et qui s’y sont réfugiés parce que  j’avais comme eux oublié en route d’acquérir le courage de draguer toutes les jeunes femmes dont je rêvais secrètement. Je n’avais pas encore acquis un peu de cette assurance superficielle qui rend quelque chose de médiocre sublime grâce à l’aplomb que l’on possède en en parlant. J’avais au sujet de ma personne cette humilité qui n’a rien d’une qualité puisqu’elle résulte simplement d’un manque. Manque de confiance en moi, manque de conscience de ce que j’étais alors… je suis un ramassis de  complexes et d’espoirs inextricablement entremêlé dans un corps qui se trouve objectivement pas très beau. J’étais ça, et je ne croyais pas réellement que de cela puisse s’extirper quelque chose de séduisant.
Elle est enthousiaste depuis une bonne vingtaine de minutes maintenant. On a croisé sa copine qui nous a dit qu’elle repassera tout à l’heure parce qu’elle a un truc à faire. Et elle reprend à mon sujet. Elle finit par me dire comme pour appuyer ses dires (qui selon moi n’ont nullement besoin d’être appuyé, évidemment) que c’est ce que ma sœur leur a dit un jour en cours de danse. « elle nous disait une fois que ce qu’elle trouve bien chez toi c’est que tu n’as pas une bite pour plaire… et c’est vrai ». C’est rare semble-t-il. Chouet. Je te passe le doute qui m’assaille lorsqu’elle me dit ça, parce que je ne comprends pas trop ce que ça veut dire (je te l’ai dit tout à l’heure, je suis légèrement attardé concernant tout ce qui est question bite et tout ça), mais je suppose que c’est élogieux puisque c’est ça qu’elle fait depuis tout à l’heure. Me congratuler.
Pendant qu’elle me parlait, au fond de moi, comme pour salir l’espoir qu’entrevoit ma pote « aussi séduisante qu’un premier jour de vacances d’Eté » je sens monter comme un doute. Comme une injustice faisant naitre l’intention nouvelle de réparer une grave erreur.
Parce que malgré tout ce qu’on dira, ma collègue de ballade de cette après-midi est sublime. Et c’est à cause de son corps incroyablement bien dessiné que les garçons n’ont pas vu qu’elle est pourvu aussi d’un esprit vif.  Qu’ils n’ont pas vu que sa bouche, responsable de ce surnom grotesque de « bouche à pipe » lui sert aussi à dire des choses très intéressantes, à se révolter, à pousser des cris du cœurs charmants. Et ce, même si cette bouche donne aussi envie qu’on la goutte en glissant ses lèvres entre les nôtres.
C’est donc pendant qu’on se dit au revoir que je me promets qu’un jour, j’aurais le courage de  rendre hommage entièrement à ce genre de femmes. Non seulement aux idées qu’elles expriment, mais aussi au corps qui les meut.

Je repense à son « … ta sœur disait : mon frère n’a pas une bite pour plaire. Et c’est vrai… ». C’est vrai. Mais pour combien de temps ? Et qui est à l’abris de penser avec sa queue un jour ou l’autre ? Même les femmes pensent avec leur bite.

Je repense à cette sorte de compliment : je ne pense pas avec ma bite, et en cette fin d'après-midi, au soleil de juin, je pense paradoxalement qu’il serait peut-être temps de m’y mettre.

samedi 10 mars 2012

Bonjour Kitty


Elle n'est pas vraiment jolie. Le crayon noir renforce les traits de ses yeux parfois même en cachant ce qu'il reste de cernes d'une vie bercée par un travail à la con.
Elle n'est pas réellement bien faite. Un peu trop tassée sur elle-même et une démarche un peu pataude, comme souvent chez ces jeunes gens un peu mal à l'aise dans leur corps.
C'est quand elle sourit qu'elle nous rappelle parfois à quel point elle est jeune et de son sourire et de sa gestuelle rayonne dans ces moments-là une sorte de fraicheur qui éveille l'envie.
Et dès que le sourire s'en va de son visage, on y retrouve instantanément cette sorte de fatigue.
Et pourtant.
Je t'ai déjà parler de ces détails qui rendent les gens merveilleux. Pas les détails qui sont en fait des choses très importantes. Des détails.
J'ai connu quelqu'un qui était toujours calme. Chiant mais calme. Passer une soirée avec lui c'était comme passer une semaine à Center Parc. Et je sais pas si t'as vu les tarifs.

Hello Kitty (puisqu'elle me fait un peu penser à elle) a ce genre de pouvoir.
Mais elle ne repose pas.
Elle ne te paie pas toujours tes coups à boire.
Elle n'est pas vraiment chiante tout en réclamant souvent en plein milieu des discussions une sorte attention subite sous couvert d'anecdotes tournant autour d'elle. Typique d'un échos d'une adolescence pas tout à fait terminée.
Mais voilà. Hello kitty possède le décolleté le plus beau qu'on a vu depuis longtemps. Un décolleté qui projette ses seins magnifique hors de leur perchoirs et qui débordent malgré elle jusqu'au bord de ses tee-shirts colle en "V".
Lorsqu'elle se met en tee-shirt, le décolleté d'Hello Kitty, je le jure, est infiniment plus beau que Regardez-moi dans les yeux... j'ai dis les yeux.
Et ça, ça lui confère un statut unique.

Un détail pas important. C'est vrai.
Mais ça rend Hello Kitty tellement unique. Tellement.

jeudi 16 février 2012

Si tu me vois, laisse un message

Je me dis sans même m'en rendre compte que là en fait, j'ai envie de rentrer le plus vite possible...

Ça fait vingt minutes que je suis là et je ne sais plus où regarder pour m'occuper. Salut par-ci, salut par là. Un "hey, mec!" Jeté avec enthousiasme a un pote qui est là aussi. Rentrer. Surtout.
Je parle à la nana de mon pote quelques secondes. La soirée est tranquille. Même que certains spectacles sont franchement biens.
On se capte entre deux installations. On est content de se voir, même deux secondes. Mais même nos regards se demandent pourquoi on joue à ça. Ça fait longtemps aussi. C'est pour ca. On a perdu l'habitude de l'affection de proximité.
Rentrer le plus vite possible.
J'ai des clopes. Du coup je les laisse entre eux une dizaine de fois pour aller dehors. Ces quelques cigarettes ont le goût d'une liberté enfermée et qui étouffe. Je respire ces clopes comme un prisonnier claustrophobe qui regarde le ciel au travers une petite lucarne. Rentrer le plus vite possible. Parce que j'étouffe ici.

Le rendez-vous était pour ce soir. Quand j'arrive, je les vois au fond du cabaret, entre eux. On essaie de  réchauffer le plaisir de se voir avec une poignée de main un peu trop chaleureuse. On attend presque la sonnette du four à micro-onde pour nous dire que ça y est, c'est chaud. Ça ne marche pas beaucoup.
Rentrer. Le plus vite possible.
Mon lit m'attend. Aucune contrainte avec lui.

Après le spectacle final et les derniers applaudissements, une heure après mon arrivée je lui glisse dans l'oreille que "mec, j'y vais". A cause des métros... ou peu importe. On me crois. On comprend. C'était sympa de se voir.
Ouai. Si seulement je ne ressentais pas une gravitation surpuissante m'enfoncer dans le sol à chaque pas.

Sur le chemin du retour je sens le malaise se dissiper à mesure que mon appartement se rapproche. Il est cosy. J'y serais bien. Et puis ils pensent tous que je suis occupé ce soir. Temps mieux.
Je descends du métro. J'ai déjà mes clés dans la mains. Ma rue me semble étrangement affectueuse. Comme si j'étais parti depuis très longtemps.
Ouvrir en bas. Monter les escaliers étroits. C'est bientôt fini.
Ouvrir ma porte d'entrée.
La refermer.
Poser son manteau sur le lit. S'allonger a coter. Et s'endormir. Vite.

mardi 31 janvier 2012

Respecte ma puissance pouffiasse...

Cela fait plusieurs années que je me réserve dans absolument toute occasion une fourchette bien particulière qui orne de sa magistrale originalité mon service de table.
Ce soir encore, je l'ai lavé exprès pour manger avec. Je l'ai repéré dans l'évier. Il y en avait d'autres. De belles fourchettes (j'ai toujours pris soin de volé à mes parents ou dans les cantines, adolescent - déjà - de beaux couverts. Solides. Qui tiennent en main) me faisaient de l'œil. De ces fourchettes qui prennent un maximum de riz pour le mettre dans la bouche et manger à la façon des gloutons les plus primaire, et en ça respectables que l'on puisse imaginer. Et à cinq heure du matin, ivre de tout mon être, et à jeun de toute la journée, ce n'est pas un luxe.
J'ai pourtant choisi cette fourchette. Une fourchette au combien moins efficace.
Une fourchette plate.

Ça fait des années que j'ai pu expérimenter l'absence totale d'aspect pratique de cet objet et pourtant, j'y reviens toujours. Comme pour m'imposer son originalité comme quelque chose de divin. Un truc délicieux. Une amertume instructive.
Je crois pouvoir dire sans trop m'avancer que très peu de gens ont déjà manger avec une fourchette plate. Toute plate. Pas seulement au col, mais aussi plate autant qu'on peut l'être au niveau des dents.
Autant manger avec quatre aiguilles à coudre attacher à une cuillère en bois.
Cela fait des années que j'aime cette fourchette. Son manque de pratique n'en est pas vraiment la raison, encore que. Peut-être que c'est exactement la raison qui me pousse toujours à aimer cet objet fruit de l'homme que je suis devenu à un moment donné.

Je suis tout puissant et toute chose qui vit dans mon royaume se soumettra à ma volonté. Tel est le monde dans lequel je vis et tel sera le monde à jamais. Aussi dès qu'il a été question de frustrations intolérables, j'ai commencer vers l'age de huit ans à vouloir exprimer ma colère divine. J'ai donc entrepris comme tout enfant détestable de cet age à casser mes jouets.
Pour punir les autres par les privations dont je devenais la victime. Pour ça. Ça et bien entendu pour exprimer mon incommensurable fureur bien trop précieuse et délicate pour être tut.
La privation qu'un enfant s'impose est dans les premières années de son existence une chose si terrible et si déchirante qu'elle doit très certainement pense-t-il être insupportable à vivre pour les autres.

À l'age de dix ans j'ai vécu ce que j'ai longtemps appelé en moi-même la Première Grande Analyse (j'eus malheureusement l'occasion bien après cela de prendre conscience de nouvelles fois de l'étendu de ma stupidité lors de situations très spontanées dans le temps).
Pour une raison oubliée depuis longtemps maintenant je me souviens être monter dans ma chambre en fureur. Sa majesté Moi ne supportait pas quelque chose (à postériori, cette chose, je présume aurait dû, de fait, certainement être insupportable pour quiconque aurait connu même situation). C'est donc très naturellement et avec toute la légitimité du monde que l'enfant tout à fait réfléchi que je devais être à cet instant pris cette voiture volante que j''aimais par dessus tout à cette période et lui arracha les deux ailes de plastiques en deux coups violents et absolus, symboles de mon engagement entier pour ma propre cause. Entiers et absolus, pas tout à fait puisqu'à peine avais-je estropier cette voiture demi-volante que je me souvenais l'avoir saisi avec regret en me disant que j'allais regretter ce qui était sur le point de se passer. Et c'est avec l'écœurement de celui qui vit une sensation forte juste un peu trop longtemps que j'exécutais la seconde aile de la voiture tout à fait normale à présent (bien que dorénavant dépourvu à jamais d'essieux arrière). Je l'ai balancé contre le mur et elle n'a même pas eu le temps de toucher le sol que je lâchais déjà un souffle de regret à cause de ce que je venais de me faire en me privant de cette voiture absolument géniale au demeurant. Je restais là un instant en regardant les débris sur le sol en espérant que je ne regretterais pas autant que je le supposais.

Aujourd'hui je mange avec cette fourchette d'une parfaite originalité puisque chez personne je n'ai vu de fourchette similaire. Qui en aurait voulu en même temps. Évidemment.
J'aime cette fourchette comme on aime une vieille montre à gousset qui nous rappelle un peu désagréablement il faut l'avouer que le temps passe inéluctablement à chaque instant.
Je respecte cette fourchette comme on respecte ces bons conseilles qui nous ont été jetés à la gueule par quelqu'un de plus avisé que nous, à un moment peut-être peu glorieux de notre existence.
J'aime cette fourchette façonnée par moi parce qu'elle est mon fruit et qu'elle ne sera jamais moins pratique à utiliser que depuis le jour où parce qu'elle m'a fait l'affront de tomber de mon assiette, je l'ai aplati violemment d'un coup impitoyable de pied pour l'écraser au sol.

J'aime cette fourchette pour cette raison. Tellement le symbole de ma divine colère. Tellement le symbole de conséquences qui devraient vous servir à tous d'avertissement. Tellement le symbole de ma toute puissance et tellement pas pratique que cette fourchette plate avec laquelle je galère à manger à chaque fois.

mardi 6 décembre 2011

Prise de notes


Je rentre saoul et je regarde Sex And The City. Carrie Bradshaw parle avec un Burger et a transformé son lit en table de restaurant pour s'envoyer le menu.
Moi j'ai parler toute la soirée avec mon ami de choses avec plein de sagesse et de résignation. Des femmes, de moi et de lui.

On ne fait pas du sexe comme avant. Surtout moi. À cause d'un traitement que j'ai interrompu récemment je suis encore sous le joug de ma libido défaillante. J'ai beau être rassuré par ma goal matinale, ou encore par le fait de m'être réveillé en pleine nuit pour me masturber (oui, quand tu as perdu ta vigueur pendant un mois et qu'elle te revient, tu ne fais pas dans la subtilité. Tu profites dès que possible de ta vitalité) j'ai bien pris conscience de la fragilité et de l'importance que ma petite bite avait dans ma vie. En avais-je besoin? Non. Qu'est-ce que j'ai découvert avec cette expérience? La précarité. La précarité testiculaire.
Tirer son coup? Tu n'y es pas. Juste sentir de désir pour quelque chose monter en soi. Ou le désir pour rien d'ailleurs, mais le désir quand-même.
Aujourd'hui ça va mieux. Chaque fois que je sens ma queue se contracter malgré moi, tu vas rire, mais je me marre intérieurement, comme si c'était une petite victoire sur la mort qui rôde malgré tout pas très loin. Et je te le dis, il n'est pas nécessaire de passer sous un bus pour mourir. Tu peux regarder la bite inutile pendant un peu trop longtemps pour te donner la sensation qu'une part de ton existence s'est envolée au rayon lingerie et qu'elle s'est perdu en chemin dans les fournitures scolaires.
La mort du mec vivant, c'est ça. En opposition à la mort du mec mort. Mais pour ça, on imagine tous à peu près la même chose.

Je rentre saoul donc, et on s'envoie avec mon pote des textos révolté parce que bordel, on a bien picolé et on s'est même pas roulé de pelles. C'est révoltant.
On se dit que oui, peut-être que ce qu'il leur faudrait aux jeunes c'est une bonne guerre et on se dit bonne nuit.

Un mail casse-gueule m'arrive en pleine face à peine rentré chez moi. Il faut dire pour ma défense que dans mon état, il n'est prudent de rien. Même pas d'ouvrir un mail. "Si tu veux, si tu as besoin...", bien sûr que je veux, bien sûr que j'ai besoin.
Tu es saoul, ne réponds pas. Tu verras demain, quand tu pourras faire croire entre deux activités de ta journée buzzy que tu lui as répondu nonchalamment parce que pour toi c'est une proposition acceptable sans être extraordinaire.
Comme je suis un incorrigible éjaculateur précoce, je ponds coup sur coup trois réponses successives, la suivante corrigeant les inévitables erreurs de la réponse précédente bien trop précipitée, tout ceci en m'étant juré que je n'enverrais rien avant demain matin. La troisième est la bonne sur la vie de ma mère je te le promets. Tu coup, celle-là je vais vraiment l'envoyer. Éjaculateur précoce je te l'ai dit. Mais mon insondable expérience du monde retient ma main et je me résous à lâcher l'affaire pour ce soir. L'incommensurable victoire de l'esprit sur la matière (aidé un peu par une putain de faim qui me tiraille le bide).

Pendant que mon existence a semble-t-il retrouvé le chemin du rayon lingerie de chez Zara une autre se perd dans les belles formes lointaines d'une demoiselle sauf que ça ne ressemble pas à la mort cette fois, mais plutôt à un petit moment vie.

Rebecca, une nana avec qui j'ai fait les quatre cents coups de la guerre des boutons, s'est tirée encore, à la suite de mon ixième manœuvre douteuse. Cette fois-ci sans préavis et sans solde de tout compte. Il semble que parfois je manque peut-être un peu de classe mais promis, ce coup-ci je ne sais rien. Ça me fait mal au cul parce qu'on n'avait pas à notre actif que les films de Truffaut et de Robert, mais aussi pas mal de bons souvenirs. Aussi.
Et ça compte.

J'en suis là tout de suite à observer de loin les éléments qui se déchainent sur mon récent passé comme un film auquel de mauvais réalisateurs n'auraient pas trouvé de fin, se contentant de répéter les intrigues dont tout le monde s'est lassé. Je décide de tourner les talons et d'aller à la séance de demain. Peut-être. Pas envie de cinéma ce soir.

Je vois les choses passer en regrettant par-ci, en sachant pertinemment par-là et en buvant un grand verre d'eau pour éviter la migraine demain et la gueule de bois.
C'est tout ce qui compte pour l'instant. Pour le reste je verrais un autre jour.

samedi 3 décembre 2011

Je veux pas dormir. J'ai peur.


À peine ai-je fermé les yeux qu'un, deux, trois rêves se succèdent à une vitesse étonnante. Je me réveille en sursaut. Parfois je demande à la personne à côté de moi, quand il y en a une, si j'ai hurlé en vrai ou si c'est dans mon rêve, sur ce même lit, au même instant, que j'ai hurlé. Une voix pâteuse me dit que non. Une voix pâteuse me dira plus tard que non, aucun des voisins ne se sont disputé violemment dans le couloir, au vu et su de tout les habitants.

Ça a été comme cela toute la nuit. Des rêves effroyables et d'une réalité déconcertante. Qui se sont enchainé. Il suffit de fermer les yeux pour que des images angoissantes me passent par la tête, m'entrainant doucement vers un sommeil qui aura tout le loisir d'appuyer sur des images plus vraies. Qui font plus mal.

C'est comme cela depuis plusieurs jours. Et comme je dors seul, en pleine nuit il m'arrive d'avoir peur de fermer l'œil. Peur de revoir d'un coup au fond de ma rétine ces scènes absurdes qui me flasheraient comme sur l'autoroute.
C'est toujours très réel. La plupart du temps ce qui m'angoisse c'est que j'ai l'impression de me tortiller dans mon lit pour me forcer à ouvrir les yeux avant de me réveiller. Puis, après quelques secondes de doute, je sais. Je dormais donc.
"Tu ne m'as pas entendu parler? Tu ne m'as pas entendu dire "ouvres les yeux putain... ouvres les yeux...", vraiment?". Toujours la même réponse.
Non. Et pourtant dans ma peur incompréhensible j'étais bien là les paupières brutalement tenues chacune par une main entre le pouce et l'index, entrain de croire qu'il se passe quelque chose parce que je ne peux pas ouvrir les yeux et que des choses horribles se passent sous mes yeux.
Je veux les ouvrir et j'en viens à me supplier d'y arriver. À m'en faire mal aux globes oculaire.

Quand j'ouvre les yeux, plus rien. Juste la peur de les refermer.

Il n'y a pas de code dans les rêves. Pas de style. Il n'y a pas de clichés d'indice. Au cinéma, pour qu'un film fasse peur il faut respecter un cahier des charges très strict. Les rêves n'ont pas cet impératif. Il te suffit de rêver d'une jeune fille qui se fait déposer par son père. De la laisser passer un après-midi avec toi, dans ton grand jardin à la verdure irradiante d'un magnifique soleil d'été en compagnie de tes frères et d'autres invités. De te mettre torse nu et de vous amuser à vous arroser. De la laisser faire une sieste en haut puis de voir son père arriver, de la voir descendre précipitamment, de souhaiter que son père n'ait rien vu.
Il te suffit de cela, et de te dire que ce rêve sera un cauchemar effroyable. Et il le sera.
Mystérieusement.
Depuis plusieurs jours j'ai peur de fermer les yeux la nuit. Parce que les rêves font ce qu'ils veulent.

J'ai l'impression de rapetisser inexplicablement. De regagner une innocence angoissante, de devoir lever bien haut ma main d'enfant qui a mystérieusement ongles rongés par une peur âgée de trente ans. De lever cette main vers le ciel, pour qu'un adulte vienne la saisir et me rassurer. Avant de dormir il mettrait la veilleuse.
Ce serait bien.